De et part Laurent BARIOHAY, mise en scène Laurie JESSON
Les 10 à 19h30 puis le 11 avril à 19h , en juin les 13 à 21h et 14 à 20h
Café théâtre Le Flibustier 7 rue des Bretons à Aix en Provence
Le seul échec est de ne pas essayer.
Georges Clooney
Une Aixoise, qui me connaît très bien (Enfin, elle pense que oui. Mais non. Je suis un mystère, puisque je m’explore sans cesse.) me dit qu’on va aller à un spectacle d’humour, que ça va être chouette, qu’il en vaut la peine. Il fallait donc que je ramène ma fraise à la veille de Pâques et cela tombait fort aise, puisque c’est un comédien ayant joué Louis XVI. Ma réputation étant faite dans le milieu du journalisme littéraire et impromptue de coupeuse de tête ni une, ni deux ; nous voilà comme deux corsaires au Flibustier.
» – Et encore un mec comédien sans thunes, qui se la joue sur ses parties intimes pour se masturber en public » me dit une voix déraisonnable, celle du journaliste qui en a tellement vu des masculins qui pensent remplir les salles avec des mots comme « bite » et « couille ». Cela a fonctionné un temps, pour certains humoristes de la « Classe » sauf qu’entre-temps, nous les femmes, nous nous sommes réveillées et nous ne coopérons plus avec ce genre de petites bites qui se la jouent » les grands seigneurs » sur scène. D’ailleurs, si vous en connaissez, n’hésitez pas à contacter #metootheatre. Cela pourra faire progresser sur les violences qu’on subit en milieu théâtral par certains hommes estimant nous tenir par les ovaires en nous menaçant. Et cette voix s’est tu dix minutes après le début du spectacle, et qui a déclenché (comme d’habitude) un début d’une autre réflexion.
» – Putain, mais il fait quoi ? » Quand je suis déstabilisée, le réflexionnisme à la Sébastien de Patrick revient. De ma pensée, des mots vulgaires surgissent. Une auto-défense de contrôle émotionnelle. Parce que j’aurai pu être ce type en face, sur scène. Et sans le savoir-faire du danseur, j’aurai trouvé d’autres artifices tout autant efficace caché derrière une performance burlesque ; une comédienne et femme avec un titre à rallonge « Les femmes bien ne sont plus à la mode », grand succès au Flibustier …
« – Elle ne se prend pas pour n’importe qui ». Et non. Je ne me prends pas pour n’importe qui, comme lui. Un mec bien à part, comme une femme bien pour ma part. On est juste un peu singulier. Avec nos aspérités. Cependant, on aime bien les autres, ce qu’on appelle les « normés ». Enfin, ça, c’est ce qu’on nous fait croire. Que les gens normaux sont des êtres singuliers à qui il faut correspondre pour trouver les autres. L’autre. Mais l’autre est sans aucun pareil un soi-même qui ne s’étend d’une autre manière. Quand on a compris cela, les normés font moins peur. Enfin, il y a les Supers Normés qu’on adule un peu comme des stars qui n’en sont pas, sauf pour nous. Et qu’on ne sait pas aborder, ou mal. Enfin, les autres ne sont pas pareils qu’eux, par rapport aux autres, donc à soi et à nous. Ce n’est pas évident d’ aborder une personne, même en respectant les usages et les coutumes. En face, nous voyons bien que quelque chose cloche. On en voit, les autres, avec des difficultés. Disons qu’on en a une à travailler, un peu plus que les autres peut-être et un peu moins, quand même ; si on se trouve dans le chaos dans lequel nous sommes. Nous ne sommes pas si différents que ça. Il est temps de vivre ensemble, ce que dit en sous- texte ce spectacle.
Une différence ? Tout au plus, une singularité scénique. Car la différence se la joue indifférente, nous sommes dans une uniformisation de divergences d’êtres. Ma différence, la sienne, comme la vôtre est plus ou moins difficile à comprendre, à vivre, à partager. Et avoir peur d’être jugé. Le terme est fort. Si cet acteur a fait un spectacle sur une tête illustre qui tombe, c’est sûrement parce qu’il souhaitait en porter une autre. Et cela serait l’objet d’un autre article et vous me lisez pour savoir si ce mec bien se la raconte ou partage un récit de vie. Alors, restons dans l’article du jour, à savoir que ce mec bien doit devenir à la mode, comme un Sam Sauvage théâtral.
Ce mec particulier a un regard différent sur la vie. Normal, comme une partie de la population. Une population en France qui représente presque 10 % de la population présente des fonctionnements cognitifs et émotionnels singuliers, qui s’écartent de la norme. Dans cette partie de la population, se manifeste de l’hypersensibilité, des difficultés à se concentrer, des troubles de communication ou des comportements répétitifs qui permettent de se réguler. Et tout cela s’accompagne de talents spécifiques, comme une pensée arborescente, une créativité, une capacité de percevoir les détails.
Si vous aimez les acteurs à un poil de côté des usages et coutumes du music-hall et du théâtre, allez-y. Cet artiste, à part et généraliste, est comme le dernier morceau de camembert qui colle dans une boîte en mauvais carton au fond du frigo et dont on déguste avec un verre de vin rouge pour le rendre sublime, est à découvrir ; en résonnance avec vos vies.



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