Du 4 au 25 juillet, festival d’Avignon, 15h à la Scala Théâtre
relâches les 6, 13 et 20 juillet
Avec Thierry de Pina
D’après Emmanuel Darley
Ce que nous trouvons dans un étranger, c’est ce que nous trouvons en nous-mêmes
Ralph Waldo Emerson (essayiste, philosophe et poète américain du XIXème siècle.
Qu’il est loin le pays, qu’il est loin.
C’est un mât de cocagne sans racines.
C’est un pays qui s’incline dans la douleur.
Et dedans vivent des gens sans lumière.
Et parmi ces gens d’un royaume en guerre,
Il y a un soldat-lumière.
Un soldat qui a un prénom,
Édulcoré par d’autres, caricaturés, violentés,
Par des stéréotypes vivants et dangereux,
Rencontrés dans le parcours chaotique
De changer un pays par un autre.
Nommés Passeur, Patron et Policier.
Babacar, où es-tu, où es-tu ?
À diviser ta maigre bourse en deux,
Entre la famille restée là-bas
Et qui ne compte que sur toi
Pour vivre, et décider un jeune homme d’aller plus loin,
D’aller au loin
Vers toi
Pour un avenir meilleur
Dans ton « pays bonheur».
Voilà qui est inquiétant pour une journaliste qui assiste à son premier spectacle, en avant-première du festival d’Avignon 2026, d’écrire de façon lyrique. Ce qui permet de l’écrire, on en ressort de cette missive orale d’une heure, questionné sur ce récit qui secoue l’occidentalité. Nous avons la chance de vivre du bon côté. Cela se voit comme un film ; le comédien devient, au fil du temps de ce récit, le réalisateur du texte de cet immense écrivain qu’était Emmanuel Darhey.
Emmanuel Darhey est une sorte de Proust sociétal, il remarque des choses que bon nombre d’écrivains négligent, à savoir la langue physique qui surgit de celle de la pensée. Thierry de Pina danse à travers cet équilibre de funambule qu’est la cause du réel par rapport à celle du passé, ce que l’on nomme, en art, l’iconique de la sensibilité, qu’au XIXe siècle a qualifié de romantisme.
Un artiste romantique d’une dramaturgie humaine, voilà ce qu’est Thierry de Pina dans ses mots cousus au millimètre près par des pieds qui dansent la stylistique de l’auteur ; à travers ce parcours d’un homme qui va d’un lieu intenable à un ailleurs infaisable, nommé Pays Bonheur, et qui broie tout autant que la nation qu’il a fuie dans l’urgence de sauver sa peau. De son auteur, Thierry de Pina en interprète la peau des mots.
C’est un spectacle qu’on peut percevoir comme un romantisme politique, et qui dénonce notre incapacité à résoudre la migration, l’Histoire du début de l’humanité, alimentée comme toujours par les conflits, les oppositions et les défis du changement climatique. Et le fil rouge de cette histoire personnelle est toujours l’énergie, l’argent qu’il faut pour passer une frontière, qu’il faut pour passer les échelons du nouveau pays, qu’il faut pour satisfaire ses proches, qu’il faut pour faire rêver de ce pays bonheur où tout semble plus facile. Aujourd’hui, la violence du fil rouge devient écarlate avec des outrages comme des viols où des femmes arrivent à enfanter des enfants qu’elles ne souhaitent pas, et des jeunes qui sont des objets sexuels ; jetables comme des sex-toys, il suffit de les nourrir un peu.
Les maisons brûlent et nous regardons ailleurs, car les migrants sont des travailleurs comme les autres, à trois francs près, illisibles et invisibles.
Diego ne sera jamais libre dans sa tête et, pour une fois, l’acteur est le révélateur d’un fait de société où, même si on en reste sidéré, on peut agir sur nous et pourquoi pas changer le regard, le système, pour qu’un autre, né quelque part, arrive dans un ailleurs, le nôtre, en mieux.
Pour comprendre l’impossibilité de vivre, réservez ce spectacle, nécessaire pour continuer à espérer de vivre en dignité humaine.
Réservation


Laisser un commentaire