La liste noire de Canal Plus

La liste noire de Canal Plus

Polémique du festival de Cannes 2026, avec plus de 600 professionnels du cinéma ayant signé la tribune « Zapper Bolloré »

La liste noire de Canal Plus
Suite à la Tribune « Zapper Bolloré », boycott des signataires par le directeur de Canal Plus

Contresens stratégique

Carole Bienaimé Besse, spécialiste des médias

Cette tribune a été publiée un peu avant le début du festival de Cannes, dans Libération, qui appelle à lutter contre la mainmise de ce milliardaire connoté « extrême-droite » sur la quasi-totalité de la chaîne de production cinématographique francophone, alors qu’il projette de posséder UGC dans d’ici 2028. De nombreuses personnalités en compétition ont signé cette tribune, ce qui a énervé Maxime Saad, directeur de la chaîne Canal Plus. Le 17 mai, il a annoncé le boycott pur et dur par sa chaîne des signataires.

L’aspect « liste noire » suscite l’embarras et inquiète au sein de la filière fragilisée par la politique et l’économie mondiale.

À un an des présidentielles, Cannes est devenu un territoire du politique, un peu comme en 1968 où le festival n’avait pas eu lieu.

Le milliardaire a mis son empire médiatique à un service qu’on peut qualifier politiquement d’extrême-droite, de l’alliance de la droite à l’extrême-droite et œuvre en silence pour que la droite soit sous l’étiquette « Rassemblement National ». Avec C News, C8, le Journal du Dimanche, Europe 1 ; les discours récurrents avec les mots-clefs sont des paroles qui rejettent l’autre dans ses anormalités et ne mettent en relief qu’une existence conforme aux traditions catholiques que sont  » Travail – Famille – Patri », qu’on peut qualifier sous cette formule dans les arts « Création – Conformité – Grand Public ». Chez Grasset et dans le monde de l’édition, comme dans les arts du spectacle vivant, et même dans le milieu éducatif (le milliardaire ayant acheté les plus célèbres des éditions pédagogiques comme Hatier), et dans tous ces secteurs la même polémique surgit : des artistes se sont engagés soit de ne plus être publié, se se produire dans « les salles Bolloré » ou être produit par Canal Plus en cinématographie.

Ce milliardaire se qualifie de « chrétien-démocrate » et nie toute intention idéologique, pour être impliqué dans des réseaux catholiques intégristes. Cependant, il est perçu d’extrême-droite, comme un responsable de stratégie civilisationnel capitalistique.

Le monde de la culture réfléchit à une conséquence, et pas sur ce qui va arriver, à l’heure où l’intelligence artificielle bouleverse nos vies, il serait vain d’opposer la liberté d’expression et garantie économique.

Aujourd’hui, la question décisive ne réside pas dans « Être pour ou contre le système Bolloré », c’est de se questionner sur la souveraineté culturelle mondiale, qui se situe non plus dans nos cerveaux, mais dans les centres de données de l’IA (Intelligence Artificielle), loin de nos préoccupations des métropoles. Au moment de l’écriture de cette tribune et de sa publication, trois grandes échéances vont se négocier en juillet : le calendrier des médias qui définit les délais d’exploitation des films, l’entrée de nouveaux acteurs financiers comme Amazon Prime encadré par l’ARCOM (autorité de Régulation de la Communication audiovisuelle et numérique) et les engagements financiers des diffuseurs, quel que soit leur taille.

La réaction de Canal Plus a été perçue sur la Croisette comme une représaille, ouvrant le débat sur la liberté d’expression, la polarisation idéologique et la dépendance du secteur à un grand groupe médiatique qu’est le maillage de Monsieur Bolloré. Cette fracture marque ce que nous savions déjà : un cinéma francophone ancré dans des valeurs de gauche et un groupe audiovisuel marqué par des valeurs conservatrices. Le logo de Canal Plus a été hué en salle lors des projections officielles en compétition du festival de Cannes, signe d’un malaise. Malgré un appel au calme, la tribune « anti -Bolloré » ne cesse d’augmenter, avec 2000 signatures.

Cette polémique naît par les oppositions entre les enjeux économiques et les valeurs idéologiques. Ce détonateur transforme un texte militant en crise nationale francophone sur ce qu’est la création.


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