Vendredi 22 novembre 20h dans le cadre de « Ceci n’est pas un festival » théâtre de l’Episcène Avignon
Un texte de Jean-Marie Piemme
Avec Fabrice Schillaci
Mise en jeu de Jean Lambert
Costumes et scénographie de Marie-Hélène Balau
Contribution musicale : Vincent Cahay
Crédits photo : Benjamin Dion
Un spectacle de Palcoscenico ASBL corproduit par la Cie Arsenic2
Avec le soutien de La Province de Liège, Le Crac’s (Centre Culturel de Sambreville), le Centre Culturel de Fosses-La-Ville et le Centre Culturel de Bièvre.
On recule toujours dès que quelque chose est sur le point de se produire. Le chant des cieux, la marche des peuples ! – Esclaves, ne maudissons pas la vie. De toutes les formes de prudence, la prudence en amour est peut-être celle qui est la plus fatale au vrai bonheur.
Peter Brook
C’est un spectacle sur la vie, celle de la transformation d’un homme et les passages des saisons, du comment se transforme une passion en métier puis en conviction humaine d’être en ce monde pour distraire la population et les guider vers un questionnement par le divertissement et le spectacle. Quand on est enfant, on a des rêves et quand on grandit, ces rêves peuvent se déformer ; l’essentiel, c’est de garder la conviction de réaliser son rêve, en l’occurrence celui d’Olaf de chanter son opéra fétiche Rigoletto.
Le rêve, comme le temps, se déforme et évolue. Ils reflètent des désirs et des projections futures qui permettent à l’humanité d’accepter son sort tragique, celui de mourir un jour. Comme Bergson l’a écrit un jour, le rêve réinvente la mémoire, et à travers son rêve Olaf nous raconte son passé ; avec une mère omniprésente mélancolique et pour sortir cette mélancolie, son fils n’a pas d’autres choix que de la divertir. Ce spectacle est dans la lignée du théâtre du mouvement, à la croisée du métaphysique et de l’empirisme ; Olaf considère que le rêve est plus qu’une activité d’un délire hallucinatoire, et reconstruit une identité subtile et complexe de vie intérieure.
Pour chanter, Olaf établit une reconstitution de son expérience passée par le biais du personnage principal de l’opéra de Verdi, Rigoletto. Et cet élément insaisissable est le regroupement des événements passés où l’imagination prend le pas sur l’espace de la raison qui échappe au langage, et constitue l’acte de création d’un spectacle. Olaf est donc le portrait déterminé d’un être qui incarne un chanteur et un comédien sur scène ; l’acte de création d’un événement culturel.
Leroy Olaf est un être de lumière qui ne peut chanter dans le théâtre où il est, le chant de Rigoletto qui lui colle à la peau puisque cet opéra retrace un peu son existence. Cet opéra tragique de Verdi est centré sur le bouffon de cour Rigoletto et notre Olaf du moment incarne un personnage » Co médiante », sore d’incarnation d’un personnage qui n’est pas Olaf, une caricature de l’humain dans toute sa bienveillance.
Au fil du spectacle, le vernis du personnage s’égratigne et laisse entrevoir un drame humain, celui de la perte d’être ce qu’on s’imaginait pouvoir incarné.
Cette façon, de raconter un personnage, est dans la lignée d’un travail comme Peter Brook en constituait. La musique de scène semble tenir une place marginale de simple accompagnement. Et en raison de cette place elle sert subtilement le spectacle et encadre la démarche de la mise en scène. Dans ce spectacle, la perception visuelle et auditive correspond à celle spatiale et temporelle, et cela, marque la précision de l’acteur dans l’histoire racontée, celle d’une vie qui raconte des tours, une autobiographie fictive d’un artiste avec son rêve de devenir un grand chanteur lyrique, et qui ne s’éteint pas.
Le théâtre est une rencontre, ancrée dans la connexion de l’humain dans son immédiateté. Le rêve est un des moteurs centraux de spectacle, et suit une logique : celle d’une conscience libérée dans une mémoire éveillée. Ce spectacle retrace l’acte de construction d’un spectacle : à la veille de créer un spectacle, l’esprit trie, ordonne et sélectionne les actes fondateurs d’un spectacle. C’est ainsi que le jeu entre l’acteur et le spectateur entre en relation, revisitant une œuvre ou constituant une création qui permette d’avoir une réflexion sur « faire théâtre et société ». Pourtant, comme le rêve, il réunit étant éparpillé ; et développe un méli-mélo de souvenirs, les habille d’une émotion d’une nouvelle qui permet de transformer un acte théâtral en souvenir commun. Le théâtre et le divertissement ne sont plus des évasions, c’est une porte ouverte sur l’inconscient du public. Le théâtre est alors qu’une accumulation d’actes déformés et réinterprétés des inconscients de celles et ceux qui ont constitué le spectacle. Aujourd’hui, le débat entre acte artistique, souvenir et mémoire est remis à jour à travers ce courant d’acte artistique que nous propose Fabrice Schillaci. Le rêve peut surgir partout, dans le sommeil paradoxal et lent et aussi dans le songe d’une journée d’artiste.
Et comme tout acteur, seul le corps et le texte s’incarnent sur scène. Ce que démontre Fabrice Schillaci, formé au Conservatoire de Liège (où il obtient le premier prix), dans ce moment théâtral est la puissance des mots dans un organe humain. Cette résonnance, comme le soulignait Artaud, atteint son paroxysme à la fin du spectacle, sorte de radeau de l’imaginaire collectif.
À voir pour la nécessité de l’art



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