Les rencontres de la diffusion OFF Avignon 2026

Assises de la diffusion OFF Avignon 26

« Pourquoi produire quand on ne peut pas diffuser? »

Ou comment justifier de la diffusion quand les conditions de production se dégradent?

  • David Roussel – Président, ASTP (Association pour le soutien du théâtre privé)
  • Pierre Boiteux – Producteur, En Scène Productions
  • Muriel Mimran – Productrice et directrice, Boulègue Production
  • Pascal Guillaume – Directeur général, Ki M’Aime Me Suive
  • Thibaud Houdinière – Directeur, Atelier Théâtre Actuel / Théâtre Actuel La Bruyère
  • Catherine Schaub – Metteuse en scène

Evènement du 7 juillet à 16h30, scène du Village du Off

Lorsqu’on réussit à faire couler une larme aux spectateurs dans un spectacle vivant, dans un show, comme on dit, je pense que là, on a atteint vraiment une relation particulière avec le spectateur, qui a quelque chose à voir avec la relation amoureuse

Franco Dragone – Contact, l’encyclopédie de la création (émission TV canadienne)

La problématique du spectacle vivant est une surexploitation de la production, avec une capacité de diffusion de plus en plus limitée par des contraintes, où ces métiers intermédiaires de la culture (infographiste, diffuseur, webmarketing, community management) disparaissent, faute de moyens rémunérateurs.

La diffusion est en souffrance, car les tournées intermédiaires permettant, à la suite du festival, de faire exister un spectacle n’existe plus ; surtout si le sujet de la production est trop sociétal.

Aujourd’hui, en fonction du chiffre des revenus, l’Association de Soutien du Théâtre Privé (ASTP) a pour solution de faire des avances budgétaires sur la co – réalisation, puisqu’un producteur n’a d’autre choix que de produire 10 créations par an pour qu’une soit rentable.

Le festival OFF s’est transformé, depuis l’égalité de démarrage avec le festival IN, aujourd’hui au OFF d’Avignon, il n’y a plus que 19 représentations solvables par compagnie. Pour les producteurs, cela représente un manque de rendement, souvent directeurs de lieux parisiens ou avignonnais (une production sur trois), qui perdent en moyenne 600 € par représentation, et ce, même si la jauge est pleine chaque jour.

Réduire le festival n’est donc pas une solution, car un seul en scène coûte

30 000 € pour 19 représentations.

Il faudrait rallonger le festival, puisqu’Avignon sur 22 jours, rentabilise son focus théâtral, avec 10 millions de recettes par jour, hors subventions territoriales ou aides d’État.

Le plan du gouvernement lancé en 2024, « Mieux produire, mieux diffuser », qui devait fonctionner sur le modèle du ruissellement où les grands théâtres protégeaient compagnies et structures, ne fonctionne pas.

Produire n’est pas idéal, surtout à Avignon.

Dans la Cité des Papes, tout le monde, au niveau production et diffusion, est perdant.

Le budget alloué par les compagnies à la diffusion est dérisoire, car le modèle « on perd de l’argent et on part en tournée » après Avignon pour renflouer les caisses ne fonctionne plus, les municipalités ne programment plus en contrat de cession et fonctionnent soit sous forme de budgétisation (c’est alors aux compagnies de devenir employeurs via leur licence de spectacle 2 ou 3.), et axent leurs offres sur de la co-réalisation, le risque étant plus grand pour les petites compagnies non reconnues par le grand public de faire salle à moitié pleine.

Le festival d’Avignon n’est plus dans l’époque des 20 à 30 dates vendues sur ces 22 jours de production ; aujourd’hui, par spectacle, il ne reste que deux ventes potentielles, même si on joue dans un théâtre permanent, dont la moitié n’est plus en contrat de cession.

Depuis 2022, il y a une diminution de 7 % de la production de spectacles sur Avignon, remplacée par une augmentation de compagnies qui jouent entre une journée et 6 jours au festival, car le volume « véhicule, hébergements, restauration » fait exploser le budget ; aujourd’hui, le « VHR » représente 40 % du poste budgétaire d’une production. Et par rapport à ce postulat, bon nombre de compagnies font le choix de jouer au festival dans une fourchette d’une à quatre fois leurs spectacles, d’où une augmentation du choix des productions dans le catalogue.
À cela, se rajoute la non-formation des artistes à la production et à la diffusion, pourtant essentielle depuis la loi du 7 juillet 2016, loi relative à la création. Cette loi stipule que tout citoyen peut créer une œuvre artistique sans censure, sans ingérence administrative ou politique, dans le respect des lois générales (par exemple sur la liberté d’expression, le droit moral et matériel de l’auteur) ; cette dernière s’inscrit dans la continuité des lois de 1881 (liberté de la presse) et de 1986 (liberté de communication). Elle n’impose pas de qualification puisque tout citoyen, sans condition particulière, peut créer et diffuser une œuvre, et renforce la protection juridique contre la censure, la pression ou les entraves à la création.

Les compagnies perdent, depuis 2022, 60 % des compétences dans la diffusion puisqu’elles n’arrivent pas à rémunérer les professionnels de ce secteur. Ainsi, 80 % des compagnies qui font les beaux jours du Off d’Avignon font moins de 5 dates et jouent moins longtemps à l’année, faute de moyens de relancer les structures. Il faudrait combiner alors de la diffusion entre lieux dédiés aux spectacles vivants et aux lieux hybrides pour préserver le dynamisme du spectacle vivant.

Ce qui manque, c’est un certain courage politique qui ne répond pas à la question du crédit d’impôt des grandes entreprises privées pour les inciter à investir dans le spectacle vivant. Pour réussir, mutualisons les compétences de la diffusion et de la production, car la culture est estimée par les politiques territoriales comme non-nécessaire. Prouvons à Avignon le contraire : la culture du spectacle vivant doit rester dynamique tout au long de l’année, et ce, dans notre pays entier.

Pour en savoir plus

Plan « Mieux produire, mieux diffuser » pour les arts visuels et le spectacle vivant : renforcement des moyens financiers alloués pour 2025 | Ministère de la Culture


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